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« MAINTENANT COMMENCE L'ESPÉRANCE (4) »

L’espérance, fruit de la foi, chemin, combat, ne concerne pas exclusivement la vie éternelle mais ancre cependant la vie présente dans cette perspective de la réconciliation et de l’exaltation de toutes choses pour toujours en Dieu.

Cette image de l’ancre, très appréciée dans l’iconographie chrétienne antique – que les pèlerins de Rome pensent aux chœurs de Saint-Clément ou de Sainte-Sabine –, se trouve explicitement dans la Lettre aux Hébreux : « [Dans l’espérance qui nous est offerte], nous avons comme une ancre de notre âme, sûre autant que solide, et pénétrant par-delà le voile, là où est entré pour nous, en précurseur, Jésus » (He 6, 19-20).

L’évangile de ce dimanche (Jn 14, 1-12), est souvent choisi pour les obsèques. Il exprime en effet de manière particulièrement suggestive l’espérance de la vie éternelle en Dieu : « Ne soyez pas bouleversés [...]. Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure [...]. Je pars vous préparer une place ».

Mais, cette vie éternelle, la désirons-nous vraiment ? C’est la question que Benoît XVI pose avec son habituelle acuité spirituelle : « Voulons-nous vraiment cela – vivre éternellement ? Peut-être aujourd'hui de nombreuses personnes refusent-elles la foi simplement parce que la vie éternelle ne leur semble pas quelque chose de désirable. Ils ne veulent nullement la vie éternelle, mais la vie présente, et la foi en la vie éternelle semble, dans ce but, plutôt un obstacle » (Sauvés dans l'espérance, §10).

Le Pape tire au clair le paradoxe de nos cœurs partagés entre le désir de vivre sans fin et un certain désintérêt pour la vie éternelle : « D'une part, nous ne voulons pas mourir [...]. D'autre part, il est vrai que nous ne désirons pas non plus continuer à exister de manière illimitée [...]. Alors, que voulons-nous vraiment ? Ce paradoxe de notre propre attitude suscite une question plus profonde : qu'est-ce en réalité que la "vie" ? Et que signifie véritablement "éternité" ? » (Sauvés dans l'espérance, §11).

Avec délicatesse, Benoît XVI répond : « Nous désirons en quelque sorte la vie elle-même, la vraie vie, qui ne finisse pas par être atteinte par la mort ; mais, en même temps, nous ne connaissons pas ce vers quoi nous nous sentons poussés. [...] L'expression "vie éternelle" cherche à donner un nom à cette réalité connue inconnue. Il s'agit nécessairement d'une expression insuffisante [...]. En effet, "éternel" suscite en nous l'idée de l'interminable, et cela nous fait peur ; "vie" nous fait penser à la vie que nous connaissons [...]. L'éternité n'est pas une succession continue des jours du calendrier, mais quelque chose comme le moment rempli de satisfaction, dans lequel la totalité nous embrasse et dans lequel nous embrassons la totalité. Il s'agirait du moment de l'immersion dans l'océan de l'amour infini » (Sauvés dans l'espérance, §12).

Puisse l’ancrage dans l’espérance de cette immersion soutenir notre engagement d’aujourd’hui dans l’amour.

P. Matthieu Rougé

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